La matinée était déjà bien avancée lorsqu'elle s'était réveillée dans les bras de Mirage, et lorsqu'elle entendit les cris des poissonnières, des pêcheurs et des marchands, le soleil était haut et dispensait la chaleur douce d'une fin d'hiver.
Sur son chemin, tous la saluaient et elle croyait lire un certain respect dans leurs yeux.
Elle n'y prêta pas attention, voilà longtemps qu'elle y était habituée. Elle se dirigea vers le fond du port, là où arrivaient les étrangers, et elle s'enquit des départs prévus pendant le mois.
L'homme à qui elle s'adressa était plutôt petit, bien en cher, et, assis derrière une table, il rédigeait un gros manuscrit, équpé d'une plume et d'une grosse loupe.
- Quoi pour ton service jeune fille ?
- Toujours la même chose Blynn !
- Ah, tu n'en démords pas hein ? je pensais que ton jeune ami t'aurait mis un peu de plomb dans la tête mais je me trompais ! il ne t'auras pas retenue longtemps !
- Evite moi ce genre de remarques, dis moi simplement s'il y a des navires qui partent pour Morin'.
- Selon toi, en atteignant la dernière île, tu atteindras la Barrière ? Mais crois tu vraiment que quelqu'un, sur cette île voudras te mener jusque là ?
- Si personne ne veut me guider, j'irai seule, j'ai l'habitude figure toi !
Un sourire passa sur les lèvres du vieil homme.
- Au moins tu as de l'humour...
- Mais pas de patience ! arrête de tourner autour du pot, dis moi ce que je te demande/
- Très bien très bien ! Pas la peine de s'énerver... Tu es bien comme eux tiens !
Stix tressaillit. Blynn faisait allusion àses parents. Elle ne les avait pas connus, et n'y pensait guère, cependant, elle aurait aimé savoir ce qu'ils étaient devenus après l'avoir abandonné ici...
Elle s'imagina quelques scénarios tous plus improbables les uns que les autres tandis que le petit homme cherchait dans ses registres. Finalement il releva la tête et lui dit simplement :
- Il n'y a qu'un seul navire pour Morin' dans les deux prochains mois. Ils se font de plus en plus rares... Il partira dans trois jours.
- Je te remercie.
- Tu sais combien de fois tu m'as dit ça ?
- ... Au revoir, merci encore.
- Ça aussi...
Stix sourit et tourna les talons pour partir vers la plage. Voilà une autre personne qui me manquera, se dit-elle.
Comme à son habitude, elle s'assit sur son rocher pour réfléchir ; mais aujourd'hui rien ne venait, rien d'autre que l'image d'un garçon qui lui semblait indissociable de sa propre personne.
Cependant, en pénétrant dans l'eau froide elle ne put s'empêcher de songer à cette frontière dont elle rêvait depuis si longtemps.
Comment se fait-il qu'elle ne quitte jamais mes pensées ? Il m'est impossible de l'oublier comme il m'est impossible d'oublier Mirage... et comme il m'est impossible de faire un choix.
Cette dernière remarque réussit à la mettre de mauvaise humeur ; elle frappa l'eau de toutes ses forces et fit demi-tour pour rentrer déjeuner avec son ami.



